L’œuvre à la loupe : Merahi metua no Tehamana de Gauguin

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Cette semaine dans « L’œuvre à la loupe », KAZoART vous emmène dans l’univers tahitien de Gauguin. A l’occasion de l’exposition « Gauguin l’alchimiste » qui se tient au Grand Palais, découvrez les secrets d’un des chefs d’œuvre du peintre, « Merahi metua no Tehamana », qui est aussi la toile phare de l’exposition… Plongée dans un tableau mystérieux et subtil.

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Paul Gauguin, Merahi metua no Tehamana, 1893, huile sur toile, Art Institute of Chicago

Les aïeux de Tehamana

Paul Gauguin (1848 – 1903) est sans doute un des peintres européens les plus connus du 19e siècle. En effet, sa peinture a révolutionné l’art de l’époque, et surtout posé les bases de l’art du 20e siècle. Les avant-gardes artistiques telles que le fauvisme et le cubisme, qui débutent juste après sa mort, se sont notamment inspirées de ses découvertes picturales. A ce titre, tout comme Cézanne, Gauguin est un des pères de l’Art moderne.

C’est en 1891, à 43 ans, que Paul Gauguin quitte la métropole et s’installe à Tahiti. Il s’éloigne ainsi de la société occidentale et y trouve un lumière unique. C’est là qu’il rencontre Tehamana (aussi appelée Tehura), jeune fille originaire des Iles Cook, qu’il prend pour épouse. Ainsi, le tableau « Merahi metua no Tehamana » est un portrait de Tehamana, juste après leur mariage. Son titre, Merahi metua no Tehamana, traduisible en « Tehamana a plusieurs parents », correspond à l’inscription que l’on peut voir en bas à gauche du tableau. Cette dernière fait référence à une coutume tahitienne, le « tamari’i fa’a’amu », selon laquelle des parents biologiques pouvaient confier la garde de leur enfant à des proches. Plus tard, Gauguin choisira un autre titre, « Les Aïeux de Tehamana », qui fait référence aux croyances tahitiennes selon lesquelles les tahitiens sont issus de l’union des divinités Ta’aroa et Hina.

4 détails à la loupe…

1. Un jeune modèle

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La jeune tahitienne représentée ici porte le nom de Tehamana. Gauguin la rencontre à son arrivée sur l’île, et la prend rapidement pour épouse principale. Il est souvent dit qu’elle avait alors seulement 14 ans, suivant les dires de Gauguin dans son livre « Noa-Noa ». Cependant, d’après les études faites sur la vie de la jeune femme, il semblerait qu’elle ait à l’époque plutôt 17 ou 18 ans.

Tehamana fut sans doute le modèle féminin le plus important de Gauguin. Elle apparait dans nombre de tableaux de l’époque, et notamment dans le célèbre « Les morts veillent », en Vénus tahitienne. Tehamana était ainsi une grande source d’inspiration pour Gauguin. Ici, elle arbore une expression énigmatique, ce qui a donné lieu à une comparaison avec une certaine Mona Lisa…

2. La parure de Tehamana

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 Si l’on observe attentivement la jeune mariée, on remarque qu’elle est parée de plusieurs attributs. Ce qui frappe le plus est sans doute sa robe à rayures bleues et blanches, qui parait bien étrange pour une tahitienne. En effet, il s’agit de la tenue imposée aux femmes autochtones par les missionnaires européens pour les cérémonies ou jours de fête. Le choix de représenter cette robe de la part de Gauguin traduit sans doute sa désillusion et la perte de ses espoirs de « paradis primitif » pour Tahiti.

Tehama arbore une fleur d’hibiscus rouge sur l’oreille gauche, qui indique qu’elle est mariée. Dans ses cheveux tressés, on aperçoit aussi des fleurs de tiaré, symboles de Tahiti. De sa main gauche, elle tient un éventail de palmes tressées, symbole de la beauté.

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Les deux mangues représentent elles la richesse naturelle de Tahiti, et par extension, la fertilité de la jeune mariée.

3. Une déesse tahitienne

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A l’arrière plan, derrière Tehamana, Gauguin a placé une frise au mur. La figure féminine représentée de face n’est autre que Hina, déesse du panthéon polynésien associée à la Lune. Selon les croyances, Hina serait à l’origine de la création des noix de coco, une ressource cruciale pour les iles. Juste à côté, des orants semblent s’acheminer vers cette idole qui prend une pose directement inspirée des dieux hindous. Selon certaines interprétations, les orants pourraient aussi représenter des esprits maléfiques. La jeune Tehamana semble mise en parallèle avec la déesse, induisant une descendance directe, mais aussi une fascination de la part de Gauguin pour les mythes polynésiens.

4. De mystérieuses inscriptions

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Le haut de la composition est occupée par des inscriptions jaunes sur fond gris. Ces derniers sont des signes rongo-rongo : il s’agit d’un système d’écriture comprenant 15 000 glyphes découvert sur l’Ile de Pâques en 1864. Cependant, cette écriture n’ayant jamais pu être déchiffrée (même aujourd’hui), Gauguin a simplement utilisé ici certains de ces signes, sans en connaitre la signification. Ils donnent un aspect mystique à la composition, ainsi qu’une atmosphère de secret inaccessible.

En écho sur KAZoART Masa Zodros

Chez KAZoART, la photographie de Masa Zodros, « Portrait créole », nous rappelle l’œuvre de Gauguin par sa composition, son sujet, mais aussi sa palette de couleurs et son atmosphère mystérieuse…

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Masa Zodros, Portrait créole, 450€

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