L’Œuvre à la loupe : « Le Rêve » du Douanier Rousseau

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Envie d’un bain de fraîcheur par cette chaleur écrasante ? Rien de tel qu’une petite virée dans la jungle stimulante et luxuriante du Douanier Rousseau. Pour ce nouveau numéro de l’Œuvre à la loupe, KAZoART met en lumière le plus célèbre tableau du peintre : Le Rêve, peint en 1910. Explorez cette toile, ses personnages emblématiques, sa végétation foisonnante et appréciez toute l’harmonie chromatique si chère au Douanier. Suivez le guide !

Henri Rousseau, Le Rêve

Douanier Rousseau, Le Rêve (huile sur toile, 1910, 298,5 × 204,5 cm,
Museum of Modern Art, New York – États-Unis) / Domaine public via Wikimedia Commons

Voyage dans une jungle imaginaire

Il n’a jamais quitté la France ni même Paris et pourtant…

Henri Rousseau, plus communément appelé Le Douanier Rousseau, est un peintre français né en 1844 à Laval. Vous ne le croirez peut-être pas, mais il n’a jamais pris un seul cours de dessin ou de peinture ! C’est son ami Alfred Jarry qui le surnomme ainsi, en référence au poste de douanier qu’il occupe à Paris où il contrôle les entrées des vins et alcools.

Bien qu’autodidacte, le Douanier Rousseau se révèle être un peintre précurseur de l’Art Naïf et certains vont même jusqu’à dire qu’il a ouvert la voie aux Surréalistes. Avec pour thème de prédilection la jungle, il nous plonge sans discontinuer dans une atmosphère végétale et bouillonnante où tout est diamétralement pensé. Ses grandes toiles majoritairement baignées dans le vert sont le résultat d’une technique appuyée. Or début, l’Œuvre de Rousseau ne reçoit pas d’avis pleinement favorables, notamment par l’attrait enfantin et le trait contouré qu’il délivre. Mais la richesse artistique du peintre est désormais très appréciée dans le monde de l’Art, en témoigne le franc succès de l’exposition organisée au Musée d’Orsay en 2016 avec plus de 480 000 visiteurs.

4 détails à la loupe

1# Ode à la féminité

Le Rêve (1910), Douanier Rousseau - Détail de l'œuvre

Le Rêve (1910), Douanier Rousseau – Détail de l’œuvre

Posée là, sur la partie gauche du tableau, une jeune femme se tient allongée sur un sofa, nue. Le regard tourné vers la droite, elle tend le bras vers la partie centrale de la toile. Cherche-t-elle à attirer l’attention du musicien ou de ces animaux disséminés dans cette jungle nourricière ? Et surtout, qui est-elle ? Soucieux de ne pas laisser le spectateur sans réponse, c’est du moins ce que l’on pourrait imaginer, le Douanier Rousseau a laissé un poème avec son œuvre.

Yadwigha dans un beau rêve
S’étant endormie doucement
Entendait les sons d’une musette
Dont jouait un charmeur bien pensant.
Pendant que la lune reflète
Sur les fleuves [or fleurs], les arbres verdoyants,
Les fauves serpents prêtent l’oreille
Aux airs gais de l’instrument.

Nous apprenons alors que cette jeune femme n’est autre que Yadwigha, que certains historiens de l’art pensent être une Polonaise avec qui le peintre aurait eu une relation quelques années plus tôt, ou pour qui il aurait développé une forme d’admiration. Plongée dans un rêve, cette muse s’accorde avec tous les éléments qui l’entourent. Elle domine l’attention et devient presque une allégorie du désir, de la fertilité et d’érotisme.

Une autre question se pose : pourquoi Yadwigha se prélasse-t-elle sur un sofa ? Lorsque Rousseau peint cette toile, la période est propice aux analyses oniriques. Freud lance alors ses travaux et ses expérimentations autour du rêve. D’après le psychanalyste, le rêve serait le lieu des désirs enfouis et refoulés. C’est sur un sofa semblable à celui-ci que les séances de psychanalyses se tiennent. Le parallèle est donc tout trouvé.

Cette posture féminine n’est d’ailleurs pas sans rappeler La Création d’Adam, fresque peinte par Michel-Ange sur le plafond de la Chapelle Sixtine au Vatican.

2# Musique enchanteresse

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Le Rêve (1910), Douanier Rousseau – Détail de l’œuvre

Nous sommes comme plongés dans un rêve, une épopée rythmée par les « sons d’une musette dont jouait un charmeur bien pensant » comme l’écrit Le Douanier dans son poème. S’il est presque masqué dans les feuillages, nous lui reconnaissons pourtant une tenue colorée et son instrument de musique occupe une partie de la scène. Il est la seule figure humaine avec la jeune femme allongée et pourtant, tous les deux ne se lisent absolument pas de la même manière. Le musicien participe activement à la scène mais mène-t-il la danse pour autant ? Une chose est sûre, tous les animaux de cette jungle dense ont les yeux ouverts, comme témoins mais aussi acteurs d’un rêve éveillé. Les lions semblent avoir été hypnotisés par le teneur de musette, à l’image d’un charmeur de serpent.

3# Une faune riche et pas si sauvage

Le Rêve (1910), Douanier Rousseau - Détail de l'œuvre

Le Rêve (1910), Douanier Rousseau – Détail de l’œuvre

Ils ne vous auront pas échappé, les animaux fleurissent ici et là dans la composition du Douanier. Toutes ces bêtes justifient de la très grande richesse picturale de cette toile. Disposés de part et d’autre de l’œuvre, on y voit des lions, des oiseaux, un singe, un serpent et même un éléphant enveloppé par les hautes herbes. C’est une jungle abondante où coexistent humains et animaux dans un même espace, une même dimension : celle du rêve. Si la jeune femme évoque la fécondité, le plaisir, la vie, c’est bien tout l’ensemble de ce paysage qui nous renvoie opulence et vitalité. Cerné par des plantes exotiques et une nature pléthorique, ce petit monde enchante le regard du spectateur.

4# Un subtil camaïeu verdoyant

jungle

Le vert est caractéristique de l’Œuvre du Douanier Rousseau. Particulièrement amoureux des espaces végétaux, le peintre passe énormément de temps à flâner dans les serres du Jardin d’acclimatation à Paris et visite régulièrement le Muséum d’Histoire Naturelle. De véritables sources d’inspiration qui lui donneront toute la matière nécessaire à l’élaboration de ses toiles pleines de vie. On dit même du Douanier qu’il aurait utilisé plus de 20 nuances de vert dans ce tableau ! C’est une prouesse technique pour un artiste qui n’a jamais pris un seul cours de peinture de sa vie et qui, de surcroît, a vécu toute sa vie dans la capitale et réussit malgré tout à nous faire voyager.

Une seule partie du cercle chromatique a été essentiellement utilisée ici, le vert et le bleu. Une parfaite harmonie des couleurs s’offre à nous puisque rien ne vient entraver cet équilibre. Des couleurs complémentaires sont tout de même prégnantes pour mettre en exergue les animaux et les fruits suspendus dans les arbres, là aussi gage de fécondité et d’abondance.

Un retour à la nature curieux

Le Rêve du Douanier Rousseau nous délivre une exceptionnelle capture d’une faune et d’une flore flamboyantes. Harmonie des couleurs, richesse dans la composition, personnages emblématiques, tout est réuni pour offrir au spectateur un retour à la nature galvanisant. On pourrait imaginer là une douce nuit d’été avec cette scène surplombée d’une lune parfaitement ronde et étincelante. Se dessine alors en filigrane la profondeur d’un rêve qui mêle désir et fascination. Mais qui est véritablement Yadwigha ? Pourquoi s’imagine-t-elle nue dans une jungle ? Comment expliquer l’apparence inoffensive de ces animaux en milieu d’ordinaire si hostile ? Et surtout, qui est donc ce musicien qui a envoûté l’assemblée ? Le débat reste ouvert.


En écho sur KAZoART • Victoria Stagni

L’animalité, la figure humaine et la nature fantasmée sont aussi prégnantes dans les œuvres de Victoria Stagni, artiste peintre qui s’inscrit directement dans ses ambiances colorées, possiblement sauvages, où règne un bestiaire apaisé et fantaisiste.

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